Riposte féministe et antifasciste contre un local de néonazis à Bruxelles

L’Alliance for Peace and Freedom (l’Alliance pour la Paix et la Liberté en français) regroupe plusieurs partis d’extrême droite et organisations nationalistes européennes, dont l’Aube Dorée grecque et le Mouvement Nation en Belgique. L’APF a ouvert un local le 19 avril dernier à Bruxelles, situé dans le quartier européen et baptisé « Georgios et Manos » en hommage aux deux militants de l’Aube Dorée assassinés en 2013. L’ouverture de ce siège social leur permettra de s’organiser, de réaliser des réunions, des conférences et autres activités qui faciliteront la propagation de leur idéologie identitaire, sexiste, raciste, islamophobe et homophobe.

14632715_879040518897410_1320459489_o

Un renforcement des rôles genrés

14686418_879040412230754_1792584092_oIl suffit de prendre l’exemple de Nation pour se rendre compte que l’extrême droite défend une vision de la famille traditionnelle et normative – c’est-à-dire hétéropatriarcale – et s’oppose ouvertement à l’homoparentalité. Son Cercle Féminin s’est réapproprié sans honte le nom d’une résistante belge de la Première Guerre mondiale « Gabrielle Petit » pour souligner leur engagement nationaliste. Cette effigie incarnerait certaines valeurs prônées par l’extrême droite, comme la famille et la nation, en se sacrifiant pour son pays. Les « étrangers » sont venus remplacer la figure de l’ennemi principal (comme le furent les Allemands pendant la guerre) qui menacerait l’égalité des sexes. Ses membres définissent leur cercle comme un prolongement de l’organisation et soulignent leur « engagement féminin ». Les rôles genrés sont cautionnés dans une perspective essentialiste à travers notamment l’idée de complémentarité entre les hommes et les femmes. Historiquement, le fascisme a toujours prôné le sens du sacrifice des femmes pour la patrie, la valorisation du rôle de la mère, l’assignation à la famille et le foyer, les normes de féminité définies en miroir des représentations de la masculinité et d’un idéal de virilité exacerbé.

Offensive contre les pro-choix [1]

Les néonazis de Nation militent contre le libre accès à l’avortement pour des soi-disant raisons éthiques et démographiques. Le mouvement Nation participe à la mobilisation annuelle de la « Marche pour la vie » organisée par le mouvement européen réactionnaire March4Life qui se mobilise contre l’euthanasie et le droit à l’avortement. L’extrême droite entend désinvestir les associations, qui ont pour objectif l’accès à l’éducation sexuelle et à la contraception, ce qui exprime le mépris et la culpabilisation des discours de droite à l’égard des femmes et des personnes opprimées, sans respect pour leur choix de vie, leur autonomie, leur identité de genre ou leur orientation sexuelle (à l’image de Marion Maréchal Le Pen qui promettait en novembre 2015 la suppression par le FN des subventions versées au Planning Familial.

Menées depuis les années 70, les luttes féministes pour disposer librement de notre corps, de notre sexualité et de notre désir ou non d’être mère constituent une liberté encore contestée actuellement par les réactionnaires. Dans leur imaginaire, la préservation de la blancheur passe par l’intermédiaire de nos ventres réduits à une fonction de reproduction au service de la nation.

0005Les luttes féministes sont plurielles et démantèlent aujourd’hui la volonté de l’universalisation du féminisme. Militer pour le contrôle de nos corps et de nos vies, c’est également condamner les agressions fascistes envers les personnes musulmanes ou désignées comme telles (à l’instar des arrachages de voile) et les comportements haineux à l’encontre des femmes sans-papiers, subissant l’islamophobie, la misogynoire [2] et les autres formes de racisme. En mai 2015, des membres du mouvement Nation avaient perturbé un rassemblement à Bruxelles organisé par les collectifs de migrant-es en lutte pour leur régularisation.

Perpétuation de la culture du viol

En outre, les organisations d’extrême droite perpétuent la culture du viol qui peut être définie comme l’adhésion d’une société à de nombreux mythes sur le viol. Dans ce système de dénégation du viol jumelé à leur discours raciste, les violences sexuelles semblent reléguées dans un espace social éloigné et perpétrées en raison de problèmes liés à l’immigration, l’intégration ou l’Islam. Leur slogan « Femmes ni violées, ni voilées » ou leurs analyses erronées des violences sexuelles démontrent généralement l’instrumentalisation des agressions sexistes à des fins racistes. Or dans une société patriarcale, tous les hommes sont des violeurs potentiels, sans distinction de classe ou d’origine. Les violences sexuelles se manifestent uniformément dans tous les milieux socio-culturels et sont le fait de proches dans 90% des cas. En niant la réalité de la majorité des victimes et des survivantes de ces violences, l’extrême droite entretient la culture du viol en adéquation avec sa tradition antiféministe.

12241466_575733735911806_8326409775244524304_nAinsi, le fascisme dans nos quartiers ne se réduit pas seulement à des discours, il se matérialise en des violences physiques et psychologiques envers les femmes et les LGBTQI, en plus des violences sociales et économiques. N’oublions pas, par exemple, le cas de Lucie militante antifasciste violée par un néo-nazi, pour des raisons politiques, un soir d’août 2013 en France. Il l’avait traitée de « Salope de gauchiste, pute d’antifa ». Il s’agissait d’un acte fasciste et sexiste dont l’intention était de désorganiser le développement d’une activité antifasciste en l’atteignant personnellement. En agressant le corps d’une militante ou la copine d’un militant, l’objectivation est un message d’avertissement adressé à nos camarades masculins. Nous considérons, au contraire, que ce sont les agresseurs qui sont humiliés, souillés, dégradés et nous refusons de servir de champ de bataille. Nous n’accepterons pas que nos sœurs soient privées d’un sentiment de sécurité. En contraignant nos comportements quotidiens, les menaces sont aussi des armes de la domination masculine. A l’image des nombreuses intimidations de militantes antifascistes sur internet en cas de dérogation à ce qu’il considère être leur infériorité naturelle.

La lutte antifasciste est anticapitaliste

Le fascisme est le bras armé de la bourgeoisie nationale et de l’état à travers un mode de contrôle politique autoritaire et totalitaire. Il se réveille en période de crise capitaliste – quand le maintien l’ordre social bourgeois et patriarcal ainsi que les privilèges des patrons ne sont plus assurés – afin de pallier à l’appareil répressif d’état. Briser la solidarité en créant des coupables et des divisions au sein même de notre classe est une pratique courante de la classe dominante mais elle est particulièrement intensifiée par le régime politique fasciste.

14724151_879040532230742_186336399_oLe nationalisme est l’ennemi des femmes en les réduisant à leur rôle de mère et d’épouse, ce qui permet leur exploitation et le contrôle de leur corps et de leur vie. Dans cette perspective, leur conception de la famille hétérosexiste – institution centrale dans l’intérêt du système capitaliste – pousse à la haine et l’exclusion des lesbiennes, des gays, des trans, des bi, des queer. Leur engagement identitaire, en faveur d’une identité européenne unique, blanche et chrétienne, promeut le racisme et l’islamophobie. La lutte contre le fascisme et l’extrême droite est donc anticapitaliste, antipatriarcale, antiraciste, antiLGBTphobie.

Contre les réactionnaires, poursuivre les luttes féministes

Pour ces raisons, nous devons nous emparer de la lutte antifasciste trop souvent accaparée par les camarades de nos milieux révolutionnaires et antifascistes qui valorisent la virilité la plus conventionnelle (lors des combats de rue avec des néo-nazis par exemple) et perpétuent malgré tout des rapports sociaux oppressifs. Nous lutterons contre la présence d’un local de néonazis dans nos quartiers. Nous organiserons des ripostes féministes (des tractages, des affichages, des sorties d’équipes, etc.) et soutiendrons d’autres groupes féministes à faire de même.

La rue et les espaces publics nous appartiennent ; la peur et la honte doivent habiter leur camp réactionnaire, restreindre leur liberté de circuler et de s’exprimer. Nous ne nous soumettrons pas aux impératifs de la bourgeoisie, ni aux violences fascistes et policières symptômes de la barbarie du système capitaliste.

Nous prônons l’autodéfense féministe et populaire face aux attaques sur nos corps qu’elles soient dans nos lits, dans les espaces militants ou dans les rues. Nous valorisons l’engagement antifasciste des meufs, des trans, des gouines et tenterons de construire la solidarité.

Contre les violences machistes et fascistes, autodéfense féministe et populaire !

14643044_879040395564089_221326319_n

[1] le droit à l’avortement, la liberté de porter le voile ou non, le choix de son identité de genre, le respect des orientations sexuelles

[2] Ce concept définit une forme de misogynie qui vise spécifiquement les femmes noires en associant des croyances héritées de l’imaginaire colonial et esclavagiste aux injonctions contradictoire que subissent toutes les femmes.

Publicités

Une réflexion sur “Riposte féministe et antifasciste contre un local de néonazis à Bruxelles

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s